Alors que le doctorat en sciences est largement reconnu et valorisé dans les pays anglo-saxons, il se fait discret, voire méprisé, dans notre pays, pourtant à l’origine du siècle des Lumières. Le docteur, cet animal intellectuel et habile, est néanmoins perçu comme un étudiant éternel qui décide enfin, après dix ans d’études, d’aller travailler et affronter le « vrai monde », selon certains. Paradoxalement, nous n’avons jamais eu autant besoin d’eux pour mener la mutation numérique et sociale de notre pays, sous un angle technique, mais aussi sociologique, philosophique ou encore économique. Et si on tombait enfin sous le charme de nos docteurs pour mieux exploiter leurs talents et en faire des porte-drapeaux internationaux de notre capital intellectuel français ?

Le docteur a de grandes qualités, à commencer par sa résilience. En thèse, il a dû en effet s’armer du plus grand des courages et d’une certaine persévérance pour arriver à résoudre un problème a priori méconnu et dont l’existence de solution n’était pas garantie. Le doctorat enseigne également à raisonner en affinant l’esprit critique et à s’adapter aux situations les plus délicates, voire sans espoir. Le docteur a du recul, en s’éloignant adroitement et régulièrement de ses résultats, pour mieux les argumenter et faire avancer ses travaux. Il maîtrise l’art de la critique, qui lui permet également de juger avec précision la véracité des contenus produits par les autres. Que ce soit des articles scientifiques, des articles de presse, des émissions de radio ou des discours politiques, le docteur voit, avant tout le monde, l’erreur, l’approximation, voire le mensonge. Le docteur a également appris à se contredire lui-même, dans le but de mieux défendre son travail. Il assimile très tôt le pouvoir de convaincre, d’argumenter et de synthétiser ses propos. S’il y a une arme qu’il manie avec élégance, c’est la pédagogie. Le docteur travaille depuis toujours l’intelligibilité de ses propos afin d’expliquer sa pensée et ses travaux à ses pairs. Enfin, sa capacité de travail et sa ténacité le placent en pole position pour résoudre les problèmes les plus ambitieux !

Alors que le docteur est chassé aux États-Unis pour sa capacité à voir plus grand et à résoudre des problèmes plus larges dans des domaines divers et variés, il est embauché en France pour son expertise, soulignée précisément par l’intitulé de son manuscrit de thèse. Une vision déformée de ses capacités qui nous empêche d’exploiter ses talents, pourtant si nombreux et si riches ! On ne le dira jamais assez, dans l’écrasante majorité des cas, le docteur a un cerveau bien fait dans un esprit ouvert et souple, qui lui confère un regard unique qui perturbe l’avis général pour mieux innover au sein d’un organisme. Pour résumer, embauchez un docteur, vous ne le regretterez pas !

Le 19 février 2009, je devenais docteure. Dix ans plus tard, ce texte est une sorte de cri d’amour à ce diplôme qui mérite enfin d’être mis à l’honneur dans notre pays. Et qu’on reconnaisse la forte valeur ajoutée du docteur qui s’adapte et évolue bien plus vite qu’on ne le pense…


Publié dans le Point

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