En 1984, le 28 février précisément, l’Europe des 10 lançait le projet « ESPRIT » (pour « European Strategic Program on Research in Information Technology »).

Cette initiative devait porter l’Europe, constituée alors des 10 pays membres de la CEE, à prendre une place honorable dans la course aux technologies de l’information et notamment, déjà, dans celle de l’Intelligence Artificielle, emmenée à l’époque par les États-Unis et le Japon.

La première tranche de ce programme, prévue pour cinq ans, avait été fixée à 1,5 milliard d’écus (oui, en 1984, la monnaie européenne était l’écu !). Ce qui équivalait en francs à plus de dix milliards de francs. La participation de la Communauté s’élevait à la moitié de cette somme (750 millions d’écus), le reste étant à la charge des industries européennes qui participaient au programme.

L’objectif annoncé était clair : mettre en place au sein de la CEE une coopération durable entre les différents pôles que sont les laboratoires, les industries et les universités (on retrouve là les prémices de la mise en place des pôles de compétitivité proposés ensuite par Christian Blanc, alors député des Yvelines, au gouvernement Raffarin, quelque dix ans plus tard). Le but final de ce programme était bien sûr de déboucher sur des applications industrielles.

Le projet « ESPRIT » était subdivisé en cinq secteurs : la microélectronique de pointe, la technologie du logiciel, la production assistée par ordinateur, les systèmes bureautiques et le traitement avancé de l’information. C’est ce dernier secteur qui prenait en charge les recherches en Intelligence Artificielle, avec les processus de prise en charge des connaissances, des technologies de stockage de ces connaissances, leur accès facilité, l’amélioration du processus de stockage, une sorte d’ancêtre du Big Data actuel. Là encore, l’ambition affichée était d’améliorer l’utilisation de la machine par un non-spécialiste, à l’aide d’un processus d’intelligence assistée  par ordinateur. (Il faut imaginer que nous sommes alors à la naissance du Macintosh)

L’industrie européenne espérait ainsi conquérir 30% du marché mondial, pour atteindre en 1990 un chiffre d’affaires d’environ 600 milliards d’écus.

À l’époque, les chefs de file français avaient pour nom Bull, CGE, Thomson-CSF. D’autres sociétés que l’on n’appelait pas encore start-up étaient aussi sur les rangs. Je citerais ITMI (Industrie et Technologie de la Machine Intelligente) créée à Grenoble et spécialisée dans les « systèmes experts », et qui développera ELODIA (Ensemble de Logiciels Didactiques pour l’Intelligence Artificielle), un outil de formation qui permettait de s’initier à l’Intelligence Artificielle. Citons aussi TECSI, filiale de GSI qui espérait prendre une place de leader dans le domaine de l’Intelligence Artificielle !

Ainsi, l’histoire nous montre qu’il y a trente ans, l’Europe savait déjà les enjeux de l’Intelligence Artificielle et n’avait pas lésiné sur les investissements. Nous savions et pourtant, les fantômes du passé ne nous hantent plus vraiment…

« ESPRIT », es-tu là ?

Après des études de biologie et deux années dans les forces spéciales, Stéphan Le Doaré se tourne vers l’informatique. Actuellement gérant de la société DSI Concept à Marseille, il conseille les entreprises dans la structuration de leur système d’information. Son deuxième roman aborde l’Intelligence Artificielle et le Transhumanisme d’un point de vue social et prospectif. Les conférences qu’il anime sur le sujet de l’I.A. replacent ce thème dans les contextes géopolitique, économique et sociétal. Il est également membre du LICA (Laboratoire d’Intelligence Collective et Artificielle)

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