Le concept de religion est à peu près aussi vieux que notre habitude d’enterrer nos morts. L’homme s’est très vite inventé différents dieux pour l’aider à surmonter les mystères qui l’entouraient. Les siècles passants, les divinités évoluèrent, au gré de pensées et/ou de saintes Écritures qui elles aussi traversèrent finalement le temps. Si l’on exclut les sectes de la fin du XXème siècle, cela fait quand même plus de 1500 ans que l’humanité n’avait pas inventé de nouvelle religion, ce qui est quand même un record !

Et voilà que le transhumanisme nous promet la vie éternelle par la voix/voie de la technologie. Voilà qu’une idée, germée dans la tête de quelques riches dirigeants a fait son chemin. Il faut dire que ces idéalistes sont tous issus de sociétés technologiques les plus cotées du moment (Apple, Google, Facebook, SpaceX, SoftBank etc…) et ont donc mis les moyens au service de leur dernière ambition : vaincre la mort !

Le transhumanisme, c’est finalement très basique : c’est donc l’idée qu’à l’aide de la technologie, l’Homme vaincra la mort. C’est porter l’intelligence artificielle, la robotique, les NBIC (Nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) à un niveau de convergence maximum. C’est arriver à une multi-singularité de ces différentes sciences et techniques qui permettrait de rendre l’homme enfin immortel. Ce serait alors la fin de la quête et tous les philosophes et tous les religieux pourraient aller se rhabiller.

Car de Gilgamesh aux élixirs de jouvence en passant par le Graal, cette quête d’immortalité est vieille comme le monde. Ce qui change aujourd’hui, c’est le fait que les prémices sont observables. Les stimulateurs cardiaques, les prothèses auditives plus performantes que l’oreille humaine, les pompes d’administration automatique de médicaments, les technologies implantables de neurostimulation (électrodes sous-cutanées) ou celles de stimulation cérébrale profonde (implants cérébraux), les jambes artificielles contrôlées par microprocesseur, toutes ces technologies médicales rendent en effet le sujet palpable et mettent le Graal presque à portée de main.

Le biologiste Julian Huxley, frère d’Aldous Huxley (« le meilleur des mondes »), est un des premiers à avoir utilisé le mot «transhumanisme ». Dès 1957, il définit le terme en lui donnant cependant une connotation un peu différente de l’acception actuelle. Citons également Marvin Minsky, dont les travaux informatiques et philosophiques influenceront les premiers transhumains. Ce mouvement prend ainsi sa source dans les questions de la relation homme-machine, dans les années soixante et s’appuiera sur le type de travaux conduits par des chercheurs tels que Minsky. Et puis, de réunions en conférences, de rencontres en colloques, le mouvement s’est agrandi et dépasse largement les frontières américaines. Le transhumanisme est aujourd’hui représenté sur toute la planète.

En fait, il existe pour les transhumanistes un impératif absolu à l’amélioration de l’humain. On pourrait oser : « c’est une question de vie ou de mort ». C’est ainsi que des groupes qu’on peut cataloguer de mouvance post-punk de “body hackers” ou “grinders” (broyeurs) s’amusent à « s’auto-opérer », parfois sans anesthésie (mais à l’aide de Vodka) par exemple pour intégrer dans un avant-bras un composé gros comme un paquet de cartes. C’est aussi la réflexion sur la cryogénie et le stock de têtes ou de corps (lorsqu’on est plus fortuné, les corps étant au centre et les têtes en périphérie dans d’énormes tubes refroidis à l’azote liquide) retenus congelés en attendant qu’une technologie future permette la réanimation de l’esprit, que ce soit dans un clone ou dans un robot. C’est, enfin, le début du Cyborg (de l’anglais « cybernetic organism»), mi-homme mi robot décrit dans la science cybernétique.

Il serait intéressant de se pencher sur la question d’un point de vue géopolitique, ne serait-ce que pour se demander si un nouveau type de guerre de religion pourrait survenir. Les transhumanistes seront obligés de prendre le pouvoir s’ils souhaitent arriver un jour à leur fin (de manière plus organisée que Zlotan Istvan, candidat transhumain quasi inconnu à la maison blanche). À ce titre, Zuckerberg et ses amis tenteront un jour la présidence américaine. Je me demande bien ce que deviendra à terme (c’est à dire dans 15 à 20 ans) le berceau des trois principales religions monothéistes actuelles face à des armées de Cyborg convaincus de leur approche théologique … eux aussi…

Après des études de biologie et deux années dans les forces spéciales, Stéphan Le Doaré se tourne vers l’informatique. Actuellement gérant de la société DSI Concept à Marseille, il conseille les entreprises dans la structuration de leur système d’information. Son deuxième roman aborde l’Intelligence Artificielle et le Transhumanisme d’un point de vue social et prospectif. Les conférences qu’il anime sur le sujet de l’I.A. replacent ce thème dans les contextes géopolitique, économique et sociétal. Il est également membre du LICA (Laboratoire d’Intelligence Collective et Artificielle)

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