Comparaison n’est pas raison. Mais les analogies sont parfois éclairantes.

Jacques Marseille disait de la France qu’elle était « une sorte d’Union Soviétique qui aurait réussi ».

C’était il y a 14 ans. Depuis 2004 les maux qu’il dénonçait se sont encore aggravés. L’éducation nationale continue à exclure en prétendant le contraire. Souvent comparée à l’armée rouge avec son million de fonctionnaires, elle engloutit des ressources toujours plus considérables (plus de 50 milliards d’euros en 2018) en dégringolant toujours plus bas dans le classement PISA. L’équilibre de notre système de retraites n’est toujours pas assuré et les dépenses de santé continuent à progresser plus vite que la richesse nationale. Notre système de lutte contre l’exclusion ne parvient plus à faire reculer la pauvreté, alors qu’avec 1% de sa population, nous assurons 15 % des dépenses sociales du globe. La création d’emplois patine et échoue à faire reculer significativement le chômage en dépit des mesures prises. La progression des dépenses publiques poursuit sa course folle malgré les freins qu’on tente de lui opposer, gonflant sans cesse davantage la baudruche des dépenses improductives.

Face à cela le projet du Président est de réparer ce qui doit l’être et de faire enfin ce que ses prédécesseurs n’ont pas pu ou pas voulu faire.

Cela rappelle étrangement l’esprit de la perestroïka au siècle dernier. Emmanuel Macron serait-il le Gorbatchev d’un système technocratique français à bout de souffle ?

Le fait qu’il ait à résoudre deux problèmes du même ordre que ceux qui se posaient à  l’Union Soviétique dans les années 1980 peut le faire penser. Ce pays était alors affaibli par le très bas niveau de productivité de ses travailleurs et se montrait incapable de le faire progresser. La France aujourd’hui est confrontée au très bas niveau de son taux d’activité, inférieur de 10 points à celui de l’Allemagne, et à une durée du travail anormalement faible.

Autre parallèle troublant, l’économie russe était étouffée par l’omniprésence d’une bureaucratie tentaculaire qui par ses interventions multiformes paralysait tout espèce d’initiative privée. Avec ses presque 6 millions d’agents publics, la France suit une pente identique. La différence n’est que de degré et au rythme où prolifèrent les normes et les niveaux d’administration on peut envisager qu’un jour l’écart sera comblé…

Pour remédier à la situation, Gorbatchev avait mis en oeuvre deux types de mesures qui n’ont pas fonctionné :

Les premières visaient à plus de transparence. Notre pays s’est engagé résolument dans la même voie avec notamment le parquet financier, la haute autorité pour la transparence de la vie publique et la volonté de contrôler les « fake news » pour assurer la transparence de l’information.

L’autre piste avait pour mot d’ordre la « restructuration » d’un système languissant en demandant à la bureaucratie de lui insuffler plus de dynamisme, ce que par nature elle est à priori bien incapable de faire.

Le projet de transformer notre pays en « start up nation » sous la houlette d’un Etat qui, comme par miracle, deviendrait stratège et agile alors qu’il est plus que jamais obèse ne relève-t-il pas de la même veine?

Pour lever ces interrogations deux scénarios sont envisageables.

Le premier est que le Président parvienne à mettre en œuvre son projet de transformation de la France. C’est une tâche de titan, tant sont fortes les résistances de notre tentaculaire appareil d’Etat et de sa fonction publique prête à scier la branche sur laquelle elle est assise plutôt que de concéder la moindre parcelle de ses prérogatives.

Mais il faut espérer qu’il y réussisse. Car l’autre scénario est beaucoup moins réjouissant. Si la manœuvre échoue, le pays a toutes les chances de tomber entre les mains d’un tribun haranguant les foules juché sur un char d’assaut virtuel .  Comme Eltsine et comme le joueur de flute de la fable, il mènerait très sûrement le pays à la ruine. Combien d’années perdues et de souffrances inutiles faudrait-il pour le relever ? Et au bout du tunnel, qui serait notre Poutine ?

Agrégé de sciences économiques et sociales, professeur de chaire supérieure, il a enseigné l’économie, la sociologie et l’histoire en classes préparatoires au lycée Franklin à Paris ainsi que l’histoire de la pensée économique à l’université de Versailles Saint Quentin en Yvelines. Il est également l’auteur de deux ouvrages publiés par les éditions Pearson et le créateur du site hecosphere.com dont l’ambition est de faciliter l’accès de tous à la culture économique

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