« Dis, dessine-moi un IoT » aurait pu dire le Petit Prince au programmeur. Celui-ci aurait derechef pris son Apple Pencil, et après un temps de réflexion, le lui aurait donné en bougonnant : « J’n’ai pas l’temps. Je suis à mille lignes de codage. Laisse-moi tranquille ». Et le Petit Prince se serait retrouvé avec un stylo et une tablette, sans comprendre ce qu’était un IoT. La morale de cette histoire ? Il y a des petits princes partout (et ça, c’est plutôt une bonne chose du point de vue littéraire). Bon, notre regard sur les choses n’est pas enfantin, mais il est souvent différent de ce qu’il devrait être. Et en matière d’’IoT, c’est nous qui sommes dans la boite à trous !

Il est temps de présenter IoT, acronyme de « Internet of Things », soit l’internet des objets. La bête. L’éléphant, le champion poids lourd qui débarque dans l’économie. Car que ce soit l’IoT ou l’I.A. (intelligence artificielle), je vous assure que leur montée sur le ring a tout à voir avec l’économie. Et l’IoT est promu à un bel avenir économique, avec déjà quelques milliards d’objets connectés vendus de par le monde (23 milliards prévus en 2018). Plus de 80% des transits sur internet sont le fait d’objets connectés. Nous autres, pauvres humains, ne sommes responsables que de 10 à 20% du trafic. Imaginez les milliards de gigaoctets générés par les futures voitures autonomes ! Les objets connectés arrivent en force, partout, très vite. Comme toujours, intéressons-nous aussi à la donnée remontée, stockée, analysée. De la climatisation (températures, cartographie des zones à T° variable) à l’aspirateur-robot (cartographie de ma maison) en passant par nos « si gentils » assistants personnels Siri, Cortana, Google Assistant, Alexa (qui ont le défaut de se déclencher sournoisement, mais aussi d’être toujours en veille, obligatoire en cas d’éveil par son propriétaire), on trouve l’IoT partout. Ces objets envoient de plus en plus d’informations sur internet.

Les exemples étant toujours très parlants, quelques-uns me viennent à l’esprit. Comme celui de cet aspirateur automatique, qui nettoie toute votre maison sans que vous ne soyez présent(e). Pour fonctionner, ce petit robot trace une cartographie de votre maison qui se retrouve dans les mains de … ?  Savez-vous que les tablettes de lecture remontent à votre insu des données telles que les titres que vous avez lus, les passages que vous avez zappé, à quel moment vous vous êtes arrêté(e) dans l’intrigue… Pensez aussi à cette montre connectée qui recense votre rythme cardiaque, votre température, sait quand vous faites du sport (vous lui dites !), allez en discothèque (le GPS donne l’adresse, votre cardio monte en flèche) ou êtes sous la douche (la température est anormale). « L’essentiel est invisible pour les yeux » prend un autre sens quand Facebook dévoile un programme permettant de reconstituer un (lire « vôtre ») intérieur en 3D à partir de toutes les images captées dans les posts d’internautes.  Imaginez la même chose avec des caméras de surveillance. Et à l’avenir, ce seront tous ces systèmes se déplaçant (robots d’appartement, voitures, etc) qui enregistreront et filmeront dans le but premier de se déplacer. La culture de la Data dont les grandes firmes sont imprégnées laisse présager d’une utilisation bien différente de ces données selon que l’on est le « client » qui stocke/sauve-sa-vie-numérique ou le fournisseur de service qui amasse/trie/analyse lesdites données. Aujourd’hui, le client ne sait pas que les objets qu’il utilise collectent des données (cf tablette de lecture) et pour tout dire, il ne sait même pas qu’il continue à être client d’un produit qu’il a acheté … « une bonne fois pour toutes » / « en toute bonne foi ».

Dernier volet et non des moindres (en parlant de volets, les volets roulants connectés font évidemment partie de l’IoT avec toute la domotique connectée) : la sécurité relative à l’IoT. Jusqu’à preuve du contraire, tout élément informatique est piratable. Les caméras de surveillance connectées font partie des meilleures candidates lorsqu’il s’agit pour un pirate d’y placer un virus (20% des caméras ne sont pas du tout protégées), offrant un espace non contrôlé pour une future attaque. Allez, je ne vais pas en faire des caisses avec la sécurité, enjeu primordial de l’IoT. Il faudrait déjà qu’on en sorte, de la caisse.

Je ne vous fais pas un dessin…

Après des études de biologie et deux années dans les forces spéciales, Stéphan Le Doaré se tourne vers l’informatique. Actuellement gérant de la société DSI Concept à Marseille, il conseille les entreprises dans la structuration de leur système d’information. Son deuxième roman aborde l’Intelligence Artificielle et le Transhumanisme d’un point de vue social et prospectif. Les conférences qu’il anime sur le sujet de l’I.A. replacent ce thème dans les contextes géopolitique, économique et sociétal. Il est également membre du LICA (Laboratoire d’Intelligence Collective et Artificielle)

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