Le gouvernement a annoncé fin mars qu’il souhaite mettre en place un système de consigne pour les plastiques afin d’améliorer leur taux de recyclage. Le principe est simple : un surcoût payé par le consommateur est récupéré par lui au moment où il rapporte les produits. Une idée qui ne va pas assez loin : il est urgent de moderniser radicalement notre système d’incitation aux bonnes pratiques.

Sans toujours s’en rendre compte, chaque Français s’acquitte chaque année de 1,4 milliard d’euros au titre de l’éco-contribution, selon l’Ademe, soit 20 euros par personne environ. Cette somme, non négligeable, est reversée aux différents éco-organismes qui ont en charge, pour simplifier, de recycler les produits.

Hélas, l’administration a créé un système mécaniquement inflationniste qui ne cesse d’augmenter les contributions versées sans que les résultats correspondants ne soient rigoureusement mesurés.

Ne plus polluer le système

Pour susciter de réels progrès vers une meilleure gestion de nos déchets, nous devons redonner des incitations réelles aux acteurs. Il faut remettre la création de modèles économiques, chaque fois qu’ils sont possibles, au centre du système. Les conditions doivent être mises en place pour assurer une lisibilité de la chaîne de valeur du déchet et favoriser l’innovation et l’investissement.

Il revient à l’État de reprendre la main pour fixer le cap en jouant pleinement son rôle de régulateur. Il faut cesser de polluer le système de traitement des déchets d’objectifs hors sujets et politiques pour rester focalisé sur l’objectif de performance réelle.

L’organisation des filières de recyclage doit pouvoir varier en fonction des besoins et des particularités des tissus économiques et des types de déchet. C’est à cette condition que pourra être libérée l’innovation en matière de collecte et de traitement.

Enfin, le progrès du recyclage ne peut passer que par une amélioration très importante de la qualité du tri réalisée par les consommateurs eux-mêmes. L’éducation du public, qui reste une tâche importante, ne peut pas suffire à améliorer très significativement les pratiques.

Mieux inciter au tri

On pourrait imaginer un système particulièrement innovant reposant sur la récompense et la valorisation du déchet. Le consommateur obtiendrait en échange de ses déchets une rémunération sous forme de cryptomonnaie ad hoc. Le «trashcoin» (appelons-le ainsi) donnerait droit à une réduction sur l’achat de produits correspondants.

L’incitation au tri et à la prise en charge personnelle de ses déchets seraient particulièrement fortes, et on peut même penser que des personnes deviendraient spontanément des collecteurs de déchets.

À la différence de l’idée actuelle du ministère de Transition écologique et solidaire, ce système ne se traduirait pas par une nouvelle augmentation des contributions versées, mais pourrait être financé en utilisant l’éco-contribution actuelle, dont l’utilisation serait optimisée, dans un esprit de partage de la valeur créée par des comportements plus responsables.

Pour progresser vers une économie plus respectueuse de l’environnement, mettons enfin en place de vraies incitations économiques. Aucun système n’est plus efficace.


Publié dans les Echos

Président fondateur de l’Institut Sapiens. Professeur à l’Université de Bordeaux, chroniqueur et essayiste, il a cofondé en décembre 2017 la 1ère Think Tech française.

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