Après un an et demi de réflexion, le Parti socialiste canal historique revient-il avec des propositions neuves, un logiciel mis à jour, une vision pénétrante des enjeux actuels de notre société ? Le retour de la proposition-phare de Benoît Hamon de taxer les robots montre tout le contraire : « On pourrait faire une CSG sur les robots à la place de l’augmentation de la CSG sur les retraités », a-t-il déclaré. Ce sont, encore et toujours, les mêmes logiques qui ont depuis quarante ans chaussé la France de sabots de plomb dans la course mondiale.

Premier aveuglement récurrent : l’incompréhension pure et simple des mécanismes de base de la fiscalité. Ce n’est pas le facteur taxe qui paye la taxe, mais l’acteur le plus dépendant (le moins mobile). Une taxe sur les entreprises peut parfaitement se retrouver payée par le consommateur ! En étant répercutée sur le prix de vente, la taxe sur les robots pourra fort bien avoir le même effet sur le pouvoir d’achat des retraités que l’augmentation de leur CSG. Le mythe du « à la charge de l’entreprise » a la vie dure.

Ensuite, l’inconséquence fiscale. Autrement dit l’incapacité de penser la réaction des acteurs face à un coût imposé par l’Etat. Le résultat prévisible de la CSG sur les robots est un moindre investissement en machines alors même que nous en manquons cruellement. La France possède un stock de robots industriels inférieur respectivement de cinq et six fois à celui de l’Allemagne et de la Corée du sud. L’intensité de la robotisation est pourtant fortement corrélée avec les plus faibles taux de chômage. Alors que la France souffre déjà de stupides taxes sur la production (qui s’appliquent sans prendre en compte les coûts, en amont de l’impôt sur les sociétés) accusant un différentiel de 70 milliards par rapport à l’Allemagne, il semble peu opportun d’alourdir le coût du capital.

Enfin et surtout, l’absence de compréhension large des enjeux. « Il faut, écrit encore Benoît Hamon, faire contribuer l’intelligence artificielle, les robots quand ils remplacent les individus et créent de la richesse plutôt que demander toujours des sacrifices aux mêmes ». Epatant programme. N’aurait-il pas fallu, en vertu de la même logique, taxer les tracteurs qui ont mis les travailleurs agricoles au chômage, ou même les réseaux d’eau potable qui ont fait disparaître les porteurs d’eau ? Faudrait-il interdire les voitures pour promouvoir les charrettes à bras, plus intensives en main d’œuvre ? En se concentrant sur l’illusoire sauvetage d’emplois condamnés (ce qui est parfaitement dans la logique keynésienne des défenseurs des emplois aidés dont l’inutilité est assumée), on s’interdit de penser la réalité de la compétition mondiale. Dans cette dernière, la capacité à produire la meilleure intelligence artificielle est centrale non seulement pour assurer la prospérité économique, mais aussi pour garantir la souveraineté politique. Au lieu de la taxer, il faudrait au contraire massivement subventionner l’automatisation et le développement des meilleurs algorithmes, qui sont la clé de notre aptitude à rester indépendants et à créer de la valeur ajoutée au XXI siècle.

« Tout est clou, dit l’adage, à celui qui n’a qu’un marteau ». Il serait temps que nos responsables politiques, quel que soit leur emplacement sur l’échiquier, diversifient un peu leur boîte à outils.


Publié dans l’Opinion

Président fondateur de l’Institut Sapiens. Professeur à l’Université de Bordeaux, chroniqueur et essayiste, il a cofondé en décembre 2017 la 1ère Think Tech française.

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