« Cela fait plus de 20 ans, depuis l’instauration des 35 heures qu’il n’y a pas eu de mesures allant dans le sens du progrès social dans notre pays ». Cette petite musique à la partition contestable met en avant une conception de l’économie erronée qui affirmerait que seul l’Etat a les moyens d’agir sur le bien être des citoyens. Pourtant, c’est bien du marché et du progrès technologique que viendra la prochaine révolution sociale permettant notamment d’abolir en partie les métiers pénibles et aliénants.

La pénibilité du travail est un facteur d’inégalité entres les actifs, se manifestant par une espérance de vie réduite après la retraite et une atteinte à la santé plus importante en ce qui concerne des métiers manuels. La DARES a ainsi établi le mois dernier un classement des métiers les plus pénibles en France. Parmi eux, on retrouve dans le top 5 les hôtes de caisse, les manutentionnaires, les cuisiniers, ou encore les aides-soignants.

Le progrès technique permet de diffuser des innovations qui se substituent aux métiers les plus pénibles, en remplaçant l’humain par la machine. Les caissiers ont commencé à disparaître, remplacés par des bornes électroniques, dans un mouvement de fond qui a démarré il y a une dizaine d’années et qui continue en s’accélérant comme l’illustre très bien l’exemple de la suppression de 1800 emplois chez Carrefour.

Malgré les appels à la grève des syndicats, on peut dire que c’est cette suppression d’emplois est une excellente nouvelle ! Quelle société se revendiquant comme évoluée peut encore contraindre les moins qualifiés de ses actifs à rester assis 8h durant à scanner des articles alors qu’une machine peut le faire ? Il en est de même pour les manutentionnaires. Alors que les insoumis au progrès crient au boycott d’Amazon car ce dernier utilise des robots pour préparer les commandes, faudrait-il continuer à confier à des humains la tâche de porter plus d’une tonne de charges par jour, en ruinant ainsi leur santé ? Le géant du e-commerce chinois, Alibaba, a équipé ses entrepôts d’une soixantaine de robots pouvant porter chacun jusqu’à 500 kilos et travaillant en continue pour préparer les commandes des clients. La productivité a ainsi pu augmenter de 300%. Non seulement la machine empêche l’humain de faire un métier pénible, mais en plus elle est plus efficace.

Les collectivistes ont peur de la technologie et du progrès technique car ils pourraient permettre la fin de la pénibilité du travail et ainsi affaiblir leurs thèses et leurs discours sur l’exploitation de l’humain par le capital venant ainsi effriter leur crédit politique. Le véritable humanisme réside dans l’acceptation de la technologie si celle-ci peut permettre à l’humain de se dégager des tâches aliénantes et pénibles.

L’économiste français Pierre Le Pesant de Boisguilbert, contemporain de Louis XIV et précurseur du libéralisme expliquait que de la cohésion nationale dépendait des interactions entre les métiers. Le cordonnier ira acheter son pain chez le boulanger si ce dernier est allé voir le spectacle du comédien qui lui-même est allé faire réparer ses souliers. En cassant une frange des métiers existants on s’expose donc à un déséquilibre, qu’il faudra rééquilibrer grâce à l’émergence de nouveaux métiers. Du fait de notre ignorance de leur nature, nous devons donc convenir de la mise en place d’un cadre propice à leur émergence. Et en cela l’ambitieuse réforme de la formation professionnelle et la flexibilisation du marché du travail sont les premières pierres d’un nouveau système social qui permettra aux actifs touchés par la révolution numérique de se réinsérer durablement sur le marché du travail.

En permettant à la fois d’un côté la montée en compétence et d’un autre côté la flexibilisation du marché du travail, on offre à chaque actif menacé par la vague du numérique, la possibilité d’acquérir un profil de compétences agiles pour pouvoir se former au mieux aux métiers émergents et d’avoir la flexibilité nécessaire pour être facilement employable dans ces nouveaux métiers.

La disparition annoncée de certains métiers pénibles sous l’effet technologique ne doit en aucun cas être empêché. Il ne faut pas freiner cette formidable vague de transformation qui est bénéfique pour les actifs, même si certains réactionnaires militent pour sauver des emplois, sans se soucier des personnes les occupant. Ils auraient été de ceux qui auraient refusé que l’eau courante soit installée dans les centres villes, sous prétexte que cela allait détruire les emplois des porteurs d’eau. Le progrès technologique et ses applications promettent ainsi de faire plus pour le progrès social que n’ont été capables de le faire des décennies de politiques dirigistes qui seront ainsi complètement obsolètes. Et c’est là aussi une autre excellente nouvelle !


Publié dans les Echos

Erwann Tison est le directeur des études de l’Institut Sapiens. Macro-économiste de formation et diplômé de la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg, il intervient régulièrement dans les médias pour commenter les actualités liées au marché du travail et aux questions de formation. Il dirige les études de l’Institut Sapiens depuis décembre 2017.

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