La crise des « gilets jaunes », qui anime inlassablement notre quotidien depuis plus deux mois, a notamment mis en avant le jacobinisme trop important d’un pays qui a fait le choix de centraliser ses institutions et son pouvoir politique à Paris. Cette concentration serait selon beaucoup la principale explication de la déconnexion des élus et des hauts fonctionnaires avec la vie des Français et s’incarnerait par la phrase : « Depuis Paris ils sont trop éloignés pour comprendre ce que l’on vit au quotidien ».

Les seize ministères français sont concentrés dans une seule ville, ce qui renforce le sentiment d’un pays à deux vitesses où les décisions politiques seraient prises dans des salons dorés par des hauts fonctionnaires déconnectés de la réalité de nombreux territoires. Un sentiment que l’on pourrait atténuer en délocalisant les ministères en régions pour ainsi développer une solution qui résoudrait du même coup un autre des grands maux français : la désertification économique de certains territoires ruraux.

Redynamiser les territoires

Un ministère est une entité où travaillent plusieurs centaines de personnes au niveau de vie confortable mais dont l’hyper concentration sur quelques kilomètres carrés ne permet pas de profiter au maximum des externalités positives potentielles. L’addition de ces centres de décisions sur un tout petit terrain peut être contre-productive en termes de création d’emplois.

Délocaliser une immense administration comme Bercy, dans un territoire comme le Cantal permettrait d’implanter près de 6.000 cadres et fonctionnaires dans une zone où le mètre carré s’échange à 895 euros à la vente et où les commerces de proximités ferment tous les jours par manque de clientèle.

Une telle greffe permettrait de revitaliser tout l’écosystème périphérique en redynamisant des territoires entiers grâce à la réouverture de boulangeries, restaurants, supermarchés, mais aussi maisons de santé et cabinets médicaux.

Pour maximiser la réussite, il faudrait cibler des zones périurbaines, qui ne connaissent plus une activité intense, ou qui sont abîmées par la désindustrialisation. Il serait donc inutile de fixer les ministères au sein de grandes métropoles déjà florissantes et dont le dynamisme atténuerait les effets positifs. Choisir des zones sinistrées économiquement, connaissant un fort taux de chômage, c’est l’assurance de pouvoir créer de nombreux emplois indirects. Au fur et à mesure, ce regain d’attractivité permettrait de recréer une activité économique durable et faire revenir in fine des investisseurs, des entrepreneurs et des industriels.

Au plus près des besoins

En plus de redynamiser certains de nos territoires sinistrés sur le plan économique, ce plan de délocalisation aurait pour effet de rapprocher les ministères de leurs principaux lieux d’activités dont ils ont la compétence.

Ainsi, le ministère de l’Agriculture sera délocalisé en Nouvelle-Aquitaine, première région agricole française, le ministère de la Culture sera quant à lui délocalisé en Provence, aux alentours d’Avignon, un ministère de l’Industrie ira directement en Moselle, le ministère de la Santé s’implantera en Guyane (le principal désert médical français) et le ministère de l’Ecologie ira se loger dans la région de Hières-sur-Ambry, non loin de la centrale nucléaire du Bugey.

Que ce soit les citoyens, les élus locaux, les associations, ou encore les entreprises, tous trouveront ainsi leur ministère de tutelle à quelques encablures de chez eux et donc pouvoir traiter directement avec lui sur de nombreux sujets. Une proximité qui aurait le mérite de réduire au moins d’un point de vue cognitif l’éloignement relatif avec le pouvoir central.

Politique décentralisatrice

Il existe un troisième effet positif non négligeable qui est l’aspect financier : les magnifiques bâtiments ministériels parisiens, ainsi vidés pourront être revendus ou loué au secteur privé (n’oublions pas que l’Hôtel de Solférino a été vendu par le Parti socialiste  pour 45,5 millions d’euros).

Enfin, à ceux qui objecteraient que ce processus serait néfaste car il éloignerait physiquement les ministères entre eux et nuirait à leur bon fonctionnement, nous pouvons répondre que si des grandes entreprises comme Orange arrivent à réaliser des réunions virtuelles avec des collaborateurs éloignés de plusieurs centaines de kilomètres grâce à l’utilisation des robots Awabot, l’Etat français devrait être en mesure d’y parvenir.

« Il faut construire des villes à la campagne car l’air y est plus pur » plaisantait Alphonse Allais (1854-1905). Délocalisons nos ministères dans nos territoires pour créer une nouvelle dynamique décentralisatrice, ce qui pourrait constituer une belle réponse politico-pratique à la crise actuelle.


Publié dans les Echos

Erwann Tison est le directeur des études de l’Institut Sapiens. Macro-économiste de formation et diplômé de la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg, il intervient régulièrement dans les médias pour commenter les actualités liées au marché du travail et aux questions de formation. Il dirige les études de l’Institut Sapiens depuis décembre 2017.

Une pensée sur “Délocalisons les ministères en régions !”

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