Les crises sont ces moments où l’ordre ancien chancelle, où les institutions sont affaiblies. Elles font sortir du bois leurs ennemis d’hier rêvant du Grand Soir. Trop heureux de l’aubaine, les prêcheurs d’effondrement réclament la peau de l’économie de marché. Il n’y a objectivement aucune relation entre une épidémie comme l’humanité n’en a pas connu depuis des millénaires et le système qui nous a apporté la prospérité. Pourtant, les recommandations foisonnent, parlant de plan quinquennal, de prix et de salaires réglementés et de « retour de l’Etat » (comme si, avec des dépenses publiques représentant 56 % du PIB, la France avait été désertée par son administration…). S’il est une leçon que nous pouvons retenir des difficultés actuelles, c’est plutôt l’extraordinaire capacité d’adaptation dont font preuve les entreprises.

Solutions concrètes

Sans attendre les instructions de l’autorité publique, elles auront su apporter des solutions concrètes dans un délai record. On aura vu des imprimeurs 3D se reconvertir pour fabriquer des visières, des usines textiles et des groupes de luxe se mettre à la production de masques , des parfumeurs suppléer au manque de solutions hydroalcooliques. On aura vu des chercheurs en robotique du MIT, des médecins et des entrepreneurs s’allier pour développer des applications de traçage permettant de localiser et contenir les personnes infectées . Elles permettront de reprendre des activités aussi indispensables que l’école, par exemple. Doit-on aussi citer la philanthropie de ces grands entrepreneurs si souvent voués aux gémonies ? Outre le don d’un milliard de dollars du fondateur de Twitter , Bill Gates a annoncé financer la construction de 7 usines en parallèle pour être capable de produire au plus tôt les 7 vaccins les plus prometteurs.

Bien loin des représentations caricaturales concernant le pseudo-égoïsme du secteur privé, la crise aura été un formidable révélateur de la capacité des entreprises à s’engager. Nous sommes loin des discours convenus sur la « mission » des entreprises : nous avons pu vérifier, très concrètement, ce que cette mission pouvait signifier. Les succès remportés sur le terrain de la lutte contre la diffusion du virus et la prise en charge des personnes atteintes ont tous des points communs : la suspension des procédures habituelles au profit d’une décision prise au plus près du terrain, la capacité à collaborer au-delà des silos traditionnels (en particulier entre public et privé), le pragmatisme, l’innovation et un sens profond du bien commun. Demain, à n’en pas douter, malgré les inévitables faillites, le système montrera sa grande capacité de résilience. Après avoir évité des pénuries qui auraient très gravement menacé l’ordre public, il recréera des emplois et développera à nouveau l’offre des produits et des services dont nous avons besoin.

Effort de guerre

La crise du coronavirus a été décrite comme la pandémie du siècle, comparable à celle de la grippe espagnole en 1918. Si celle que nous connaissons ne se solde pas par des dizaines de millions de morts comme la précédente, nous le devrons, outre à la dévotion remarquable des soignants, aux efforts conjoints de milliers d’entreprises qui, de l’industrie pharmaceutique à l’usine textile, auront participé à l’effort de guerre. Elles auront montré que, face à l’épreuve, et contrairement à un slogan ressassé, nos vies valent plus que leurs profits. Ne laissons pas des récits idéologiques relayés avec trop de complaisance par certains médias supplanter la vérité des faits. L’épreuve que nous traversons est une excellente occasion de réconcilier les Français avec l’entreprise.


Publié dans les Echos

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