Si l’heure n’était pas grave, on pourrait croire à une pièce de boulevard, mais la situation extrêmement difficile des hôpitaux ne fait rire personne. En quelques jours l’accumulation de bévues choquantes de la part de certains responsables publics, hauts fonctionnaires de métier, est venue ternir les efforts louables de l’exécutif pour gérer la pandémie. Après la stigmatisation du préfet de police de Paris accusant les malades intubés et ventilés en réanimation d’être ceux qui n’avaient pas respecté le confinement, voilà le directeur de l’Agence Régionale de Santé du Grand Est qui, inconscient de ce qui se passe dans les hôpitaux de sa région, vient confirmer la suppression de 598 lits et de 400 postes de personnels au Chu de Nancy.

Est-ce vraiment le moment de faire les comptes ? Le même directeur s’était déjà fait remarquer pour avoir obligé un bus sanitaire transportant des malades ventilés vers un hôpital d’une autre région à faire demi-tour sur l’autoroute au motif que finalement il restait quelques places à Reims.  Autres couacs : à Rennes, la direction du CHU a refusé qu’un collègue puisse faire venir un stock de 20.000 masques depuis Nankin en Chine au prétexte qu’il ne s’agissait pas d’un circuit officiel et l’Agence Régionale de Santé de Bretagne a refusé à son tour 5000 litres de gel hydroalcoolique fabriqués par la faculté de pharmacie du même CHU. Comble du délire, les plats qu’apportaient gracieusement les restaurateurs de la ville aux personnels de l’hôpital ont été interdits de consommation. Un dénominateur commun à ces errements : l’application aveugle et délétère du principe de précaution, considérant qu’il est plus utile que les décideurs publics se protègent pour leur carrière plutôt que de limiter la contagion des soignants en contact permanent avec les malades les plus infectés. On pourrait poursuivre la liste de ces dysfonctionnements allant jusqu’à la volonté non affichée mais vécue de certaines autorités sanitaires publiques de n’avoir pas fait appel immédiatement aux établissements du secteur privé de leur région, appelés « commerciaux » sur un ton aussi méprisant que suspicieux.

Heureusement, ces hauts fonctionnaires ne représentent pas toute la fonction publique, tant s’en faut, et nous connaissons tous des agents et responsables publics qui littéralement se défoncent pour faire leur travail au service de la population, mais ceux qui ouvrent leur parapluie amoindrissent considérablement l’efficacité de l’Etat. Ils donnent une image désastreuse de la notion de responsabilité et se comportant comme des frileux inconscients, ils scient la branche sur laquelle ils font semblant de décider.

Agir c’est prendre des risques, c’est gérer dans l’incertitude, c’est modifier en temps réel ses choix et éventuellement déroger aux règlements pour avancer vers le but fixé. Là ! ces attitudes médiocres voire honteuses sont à l’exact opposé d’une action politique au sens noble du terme. Les ministres de la Santé et de l’Intérieur l’ont compris et redressé immédiatement le tir en condamnant ces paroles déplacées et décisions scandaleuses en pleine acmé de la crise sanitaire que vit le pays. Nul doute qu’il faudra revoir de fond en comble la formation de nos hauts fonctionnaires et leur mode d’action une fois en poste. Le président Macron a lancé une réforme de l’ENA, il faudra faire de même pour l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP), vivier des administrations hospitalières.  C’est sur le terrain que l’on reconnait les vrais manageurs et non pas dans les bureaux.

Souhaitons que cette minuscule ennemie nanométrique, baptisée Covid19, nous amène à réviser profondément l’organisation de nos circuits de décisions administratives sanitaires dont la lenteur et la lourdeur sont des freins à l’efficience en temps de crise comme en temps de paix. Il en va de la cohésion d’une nation et plus encore de cet espace de liberté, l’Europe qui a mis, elle aussi, beaucoup trop de temps à devenir solidaire face au virus tueur.

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