Alors que, dans chaque camp politique, les candidats aux différentes primaires fourbissent leurs programmes, le numérique n’apparaît pour l’instant dans la plupart des discours que comme un enjeu à relever parmi d’autres. Si les métamorphoses qu’il provoque sont toujours évoquées, leur horizon est implicitement supposé suffisamment lointain pour qu’il n’y ait pas de vraie urgence à s’y adapter. Pourtant, le tsunami numérique, selon l’expression désormais consacrée, pourrait bien être beaucoup plus proche de nous que nous le pensons.

Prenons le cas de la voiture autonome. Alors qu’il y a quelques mois encore, les commentateurs soulignaient que sa diffusion n’était réaliste que d’ici une vingtaine d’années, les projets se multiplient et s’accélèrent : Tesla, General Motors sont officiellement lancés à pleine vitesse dans la course au premier modèle entièrement autonome, BMW vient d’annoncer qu’il se fixait pour objectif de produire ces voitures dès 2021. Une fois la barrière technologique levée, aucun vrai frein ne devrait venir du consommateur : un récent sondage a montré que 3 Américains sur 4 se disent déjà prêts à laisser le volant à un robot. Soyons réalistes : la voiture autonome, c’est pour demain.

Pour l’industrie automobile, naturellement, il s’agit d’un changement de modèle économique : le taux d’équipement en voiture pourrait chuter drastiquement. La traditionnelle stratégie de volume (marges faibles et coûts de développements importants amortis grâce à la quantité vendue) ne sera plus accessible qu’à quelques rares acteurs mondialisés. D’où la course frénétique au premier arrivant. Beaucoup de constructeurs mourront ou seront absorbés. Mais les conséquences iront bien plus loin : on peut s’attendre à une chute du prix des garages et autres parkings (inutiles : la voiture vient vous chercher à l’heure dite), permettant peut-être une réattribution de ces surfaces au logement et une baisse du prix de l’immobilier. Une circulation plus fluide sans embouteillages et absolument prévisible (la coordination du trafic par ordinateur est le corollaire immédiat des voitures autonomes) permettra une vitesse plus grande de circulation. La vitesse n’aura plus de raison d’être limitée : sans l’erreur humaine, rouler à 230 sur l’autoroute ne posera qu’un problème technique de puissance de moteur, pas de sécurité. Ajouté au temps de conduite qui sera désormais préservé, puisqu’il sera possible de travailler dans le véhicule, c’est un trésor immense d’heures travaillées et de loisirs qui va devenir soudain disponible : le « car-leisure » est déjà un gigantesque marché convoité par Apple ! Hausse de la production, hausse de la consommation et, disons-le, hausse du bien-être, pourraient aussi en résulter.

On pourrait multiplier les remarques : l’électricité deviendra la norme des moteurs de ces voitures, faisant chuter la demande de pétrole, ce qui entraînera des reconfigurations géostratégiques au Moyen-Orient notamment; les chauffeurs de taxi et de poids lourds vont disparaître; les assurances auto vont devoir changer purement et simplement d’offre, car le fournisseur du logiciel et le constructeur seront généralement les seuls responsables des accidents; les recettes des radars routiers vont tomber à 0; les auto-écoles vont fermer massivement, car il sera anachronique de passer son permis de conduire.

Gouverner, chacun le sait, c’est prévoir. Les enjeux de prévisions n’ont sans doute jamais été aussi nombreux qu’en ce début de siècle. La campagne présidentielle devrait être l’occasion par excellence d’identifier ces défis et d’y apporter des réponses précises afin d’être capable d’en accompagner (à défaut d’empêcher) les effets. Cela trancherait avec la réponse pour l’instant classique en termes de défense (vaine) de l’existant ou de colmatage a posteriori. Candidats et futurs élus, encore un effort pour nous faire entrer dans le siècle !

4 pensées sur “Comment la voiture autonome va changer nos sociétés”

  1. Et pour aller pisser ou chier une sonnerie donnera le top voulu. Tu auras la télé dans la bagnole ou une autre connerie de ce genre et ton QI va approcher rapidement du o pointé. Allez roulez la décérébration généralisée avance à grands pas.

  2. Les grandes compagnies financières, les constructeurs et bien sûr l’état vont s’approprier ces (flottes de) véhicules quitte à voter une loi interdisant de les posséder : adieu propriété privée ! adieu objets personnels, adieu vie privée grâce aux caméras/micros internes. Tout ça organisé en monopole de fait (tout en faisant semblant d’être concurrents)

  3. En complément de l’article:
    Les chirurgiens et kinés vont avoir un peu de temps libre, les assureurs vont aller à la pèche, tout comme la plupart des garagistes, les agents de la circulation aussi, les parcmètres vont avoir des difficultés financières puisque le véhicule saura trouver une place libre gratuite et reviendra vous chercher, les carrossiers vont eux aussi mettre la clé sous la porte à moins que les constructeurs leur offrent la possibilité de châssis à carrosser « on demand » (ou à travers les clients, si ils veulent un lit ou une baignoire ou encore un bureau archi-équipé) La natalité va faire un bond en avant du fait qu’il sera possible d’honorer la mariée avec vitres operculées tout de même.
    rem. à la fin des années 70 nous avions réalisé avec des copains de Saclay (service central d’électronique) l’équipement d’une Dauphine avec filo-guidage sur 1200 mètres environ sur une portion de l’anneau de Monléry (91)

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