Les Français manifestent une grande curiosité pour les questions économiques. Celles qui portent sur la croissance, le chômage, le pouvoir d’achat, la consommation ou les impôts sont au centre de leurs préoccupations. Tous les sondages disponibles convergent sur ce point. Mais ils montrent aussi que leur méconnaissance de ces mêmes questions est réelle, faute de disposer des concepts et des outils nécessaires à leur bonne compréhension.

Cette inculture économique des français qui sont globalement méfiants envers le monde de la finance et plus hostiles qu’ailleurs à l’économie de marché coûte cher à notre pays en termes de croissance et d’emploi, et cela pour plusieurs raisons :

  • Leur manque d’éducation financière favorise une allocation peu satisfaisante de leur épargne ; majoritairement dirigée vers des véhicules de court terme elle ne contribue pas efficacement au financement des entreprises
  •  La faiblesse de leurs connaissances en matière d’économie entretient une défiance excessive envers le monde de la finance et une hostilité plus marquée qu’ailleurs envers l’économie de marché et la mondialisation.
  • Ces traits culturels qui sont ceux d’une société de défiance nuisent au dialogue social.
  • Ils gènent considérablement la mise en œuvre de réformes pourtant indispensables au bon fonctionnement de notre système productif.
  • En étant à la source de rigidités multiples, ils deviennent des obstacles à la croissance dans un contexte où la condition de la réussite collective est de disposer d’institutions souples capables de s’adapter avec agilité aux changements qu’impulsent les nouvelles technologies.
  • Du fait de la méfiance et des rigidités qu’ils engendrent, ils empêchent notre pays de mettre pleinement en œuvre le potentiel d’innovation auquel l’excellence de ses ingénieurs et de ses chercheurs luis permettrait d’accéder.

 

Dans cette optique, l’économiste Edmund Phelps estime que le manque de culture économique des français fait perdre à notre pays un point de croissance par an.

Sur tous ces plans, notre pays peut beaucoup mieux faire si on se préoccupe de trouver  et mettre en œuvre les moyens d’élever le niveau de tous en économie. Or pour agir s’ouvre une fenêtre favorable. La révolution du numérique a en effet considérablement élargi la palette des outils disponibles et conduit à repenser la manière dont est assuré l’enseignement de l’économie au lycée, à l’université, dans les grandes écoles et auprès du grand public.

A l’heure d’une nouvelle réforme du bac et du lycée aux contours encore non définitifs, cette note a pour objet de faire le point de ces questions et de suggérer des pistes de solutions.

Si la culture économique des habitants de ce pays laisse à désirer, c’est en premier lieu à relier à la manière dont l’économie y est étudiée dans les classes de seconde, première et terminale.

On peut légitimement s’interroger sur l’horaire réservé à cette discipline en seconde. Actuellement, elle a le statut d’un enseignement non obligatoire d’exploration avec 1h30 de cours non dédoublé par semaine. Dans le projet de réforme du lycée actuellement en discussion elle ne ferait partie du tronc commun qu’au premier semestre. Alors que ce sera souvent leur seul contact avec cette matière pendant la totalité de leur parcours scolaire, la majorité des lycéens de seconde ne suivront donc peut être bientôt que 45 minutes de cours par semaine, ce qui est bien évidemment très insuffisant pour les initier correctement à l’économie.

Outre ce volume horaire, il faut aussi encourager le plus possible les professeurs à tirer un meilleur parti des technologies numériques désormais disponibles, à créer des bibliothèques communes de cas et de jeux pédagogiques impliquant les élèves, à concevoir plus de correspondances entre leurs disciplines pour traiter de questions relevant de l’économie mais pouvant avoir d’autres aspects.

Dans le champ universitaire, les orthodoxes, gardiens de la théorie néo-classique et partisans d’un enseignement centré sur les mathématiques et les modèles, se confrontent aux  hétérodoxes qui militent pour un large pluralisme disciplinaire.

La position des seconds paraît fondée. Les cours d’épistémologie ou d’histoire de la pensée économique n’occupent actuellement qu’une fraction dérisoire des crédits horaires alors que ceux de mathématiques, d’économétrie ou portant sur la théorie des jeux occupent une place considérable. Or les premiers sont indispensables à la formation d’étudiants ouverts aux problématiques du monde qui vient, alors que les autres ne seront utiles qu’à une faible fraction des futurs diplômés. Le problème de ce conflit stérile, c’est que les étudiants en sont les grands oubliés. A aucun moment l’avenir de la filière en tant que vecteur  d’enseignement n’est posé. Or sa perte d’attractivité est préoccupante : selon les chiffres du ministère, ses effectifs d’ici à 2024 vont progresser beaucoup plus faiblement que par le passé et nettement moins vite que ceux des autres filières menant à une licence. Alors que seuls 4% des étudiants en économie se tourneront vers la recherche en économie, et que seuls 10% des étudiants occuperont un métier intitulé « économiste, analyste ou chargé d’étude », vouloir  réduire la filière économie au seul enseignement de l’économie « pure et dure » serait donc dangereux pour sa survie.

A l’heure de l’intelligence artificielle, cet état de fait est préoccupant et devient un enjeu de réforme. L’Institut Sapiens met en avant un impératif catégorique qui est de toujours veiller à ce que l’humain garde sa prédominance sur le numérique et l’intelligence artificielle. Cela  passera par le développement des « soft skills » (comme les capacités à s’exprimer en public, à travailler en groupe, à mener un projet à terme, à analyser et résoudre un problème donné) et des humanités de manière à  ne pas être dépassé par l’IA qui sinon pourrait nous échapper.

De cet ensemble de données, d’analyses et de réflexions découlent des propositions plus détaillées de l’institut Sapiens que l’on trouvera au terme de ce rapport.

 

>> Télécharger notre étude <<

Agrégé de sciences économiques et sociales, professeur de chaire supérieure, il a enseigné l’économie, la sociologie et l’histoire en classes préparatoires au lycée Franklin à Paris ainsi que l’histoire de la pensée économique à l’université de Versailles Saint Quentin en Yvelines. Il est également l’auteur de deux ouvrages publiés par les éditions Pearson et le créateur du site hecosphere.com dont l’ambition est de faciliter l’accès de tous à la culture économique

Une pensée sur “Comment élever le niveau des Français en économie ?”

  1. Totalement d’accord. Et encore, l’auteur est indulgent ou plutôt très poli. Il conviendrait de compléter son constat en rappelant que les rares « prétendus économistes » français sont des gauchistes souffrant de très forts strabismes déformants, si bien qu’à tout prendre, il vaut mieux être ignorant que (dé)formé par eux …

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