Le 21 septembre 2019 se sont tenues un peu partout en France de nouvelles manifestations sur le climat. Les inquiétudes de nos concitoyens et particulièrement celles des jeunes générations sont légitimes. Alors que le monde s’était engagé fin 2015 à réduire ses émissions de GES pour satisfaite l’objectif 2°C 2100, celles-ci  continuent de croître à une cadence soutenue. En 2018, elles se sont accrues de 2%, le rythme le plus élevé depuis 2011.

Pourtant, la planète a mis en œuvre en 2018 145 GW de puissance renouvelable supplémentaire pour un coût de 332 milliards de dollars. Cependant, ces nouveaux GW n’ont couvert que 18% de l’accroissement de la consommation d’énergie contre 71%…pour les fossiles. Les renouvelables ne sont donc pas capables seuls de satisfaire la croissance économique qui continue de reposer principalement sur les fossiles.

Le nucléaire qui pourrait impacter significativement la décarbonation du mix mondial est de plus en plus marginalisé. Il n’a contribué qu’à hauteur de 4% à la croissance de la consommation mondiale 2018 et ses investissements ne représentaient que 3% des investissements énergétiques globaux. Dans un rapport publié le 28 mai 2019, l’Agence International de l’Energie a tiré la sonnette d’alarme en affirmant[1] que « sans le nucléaire, les objectifs d’électricité verte seraient hors de portée ».

Si en Europe l’électricité se dénucléarise (Italie, Allemagne, France, Belgique), les deux grands géants d’Asie ont compris que les renouvelables ne pourront à eux seuls décarboner une électricité encore massivement charbonnière. Le nucléaire représente donc une alternative incontournable. Le premier réacteur (1,7 GW) de la centrale EPR de Taishan  a ainsi été mis en service fin 2018 et le second le 7 septembre 2019. Rappelons que si l’EPR permet d’augmenter la puissance du réacteur ainsi que sa sécurité, il s’agit d’une technologie conventionnelle à eau pressurisée.

Mais au-delà des EPR, la véritable révolution technologique se cache dans la plaine de la Durance non loin du centre atomique de Cadarache. ITER est un projet international qui réunit (enfin) les grands de la planète autour d’un dessein commun : la Chine, l’Union Européenne, l’Inde, le Japon, la Corée, la Russie et les États-Unis. ITER vise à reproduire ce que fait le soleil depuis quatre milliards d’années pour nous envoyer sa chaleur et sa lumière : la fusion nucléaire. Il ne s’agit plus de casser un gros atome (l’uranium) en le bombardant de neutrons (ce qui produit à la sortie des déchets nucléaires), mais de fusionner des isotopes de l’hydrogène (deutérium et tritium) largement disponibles dans la nature. La chaleur générée par la réaction est considérable et permettrait de produire massivement de l’électricité verte car la fusion génère de l’hélium, un élément inerte et sans danger. Mais, réaliser la fusion est un énorme challenge technologique : il faut atteindre des températures extrêmes de plusieurs dizaines de millions de degrés. La première production d’électricité à partir de la fusion est prévue entre 2035 et 2040. L’échéance paraît lointaine mais à l’échelle de l’humanité c’est pour demain. Si l’expérience est concluante, la fusion nucléaire pourrait nous apporter de l’énergie à profusion durant des millénaires et pérenniser ce qui nous est le plus cher : notre société de croissance.

[1] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/sans-le-nucleaire-les-objectifs-d-electricite-verte-sont-hors-de-portee-20190528

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