Elon Musk, né en 1971, est un entrepreneur qui réussit à mener de front deux poids lourds de l’industrie que sont Tesla et SpaceX. On peut aimer ou trouver le personnage insupportable mais quoi qu’il en soit, la manière dont il gère ses affaires reste intéressante à étudier et nombre de chefs d’entreprises qui n’ont pas encore envoyé une voiture jouant du David Bowie dans l’espace pourraient s’en inspirer. Concernant le temps de travail, il n’y a pas de mystère : Musk travaille beaucoup, 80 heures par semaine environ. Mais c’est quand même moins que les 100 heures hebdomadaires auxquelles il s’astreignait il y a quelques années, gavé de caféine et de coca zéro. Avec 6 heures de sommeil, cela fait du 12h de travail par jour, entrecoupé de voyages entre les différents sites. Voyages durant lesquels il en profite parfois pour regarder un film (souvent en rapport avec le sujet de ses entreprises, offrant ensuite des places gratuites de cinéma à l’ensemble de ses collaborateurs…).

La recherche de la bonne question obsède Musk. Le principe consiste à trouver la question la meilleure à poser de manière à recevoir la meilleure des réponses (le récit de science-fiction « The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy » a été  pour lui initiatique de ce point de vue). Se poser la bonne question amène à un changement fondamental dans la façon de considérer les projets et les réponses à apporter aux nombreux problèmes rencontrés lorsqu’on se lance dans la fabrication d’une fusée, par exemple.

Pour les batteries de voiture, tandis que le commun des mortels répétait que lesdites batteries étaient chères et compliquées à produire, Elon Musk se posera de meilleures questions (quels matériaux constituent une batterie, quelle est leur valeur, doit-on les acheter en direct, etc…). C’est sans doute cette méthode qui l’amènera aussi sur SpaceX à demander à ses ingénieurs de produire en interne une pièce coûtant 80.000 $ chez le fournisseur. Musk exige la pièce pour 3000$ en interne, considérant cela possible. Ses ingénieurs la sortiront finalement pour 2400$. Un exemple de disruption dans la chaine de fabrication qui lui permettra aussi de produire un nouveau modèle de Tesla en deux ans pour 650 millions de dollars quand l’industrie « classique » met 3 à 5 ans pour sortir un nouveau modèle de voiture, en lâchant au passage entre 1 et 1,5 milliard de $.

Enfin, pour Andreessen Horowitz, Elon Musk invente le principe du « full stack », en ciblant tous les canaux de sa chaine de valeurs (pour expliquer rapidement : une Tesla s’achète chez Tesla, pas en concession automobile).

Autre point fondamental malgré qu’il ait fait pousser des cris d’orfraie ici et là dans différentes corporations est le principe de « communication à plat » que Musk impose chez ses collaborateurs (il leur a d’ailleurs envoyé à ce sujet un mail qui aura fait couler beaucoup d’encre). Avez-vous remarqué comme les corporations verrouillent leurs métiers par des acronymes de toute sorte ? Non ? laissez-moi vous donner des exemples.

Si je vous parle de réticulum de Golgi, seuls les biologistes savent de quoi je parle. Si je vous dis MPLS, je ne serai compris que par les ingénieurs réseau, et le chi2 intéressera surtout les statisticiens. Casser les barrières de langage et bannir les acronymes, faire se parler des professions qui ont tout intérêt à se comprendre, rendre compréhensible de tous les documentations internes, en finir avec le circuit hiérarchique, voilà quelques innovations qui sont autant de facilitateurs dans la réalisation du produit final.

Cette convergence est d’autant plus importante qu’on assiste aujourd’hui à une convergence parallèle dans les domaines du futur, à savoir les nanotechnologies, les biotechnologies, l’informatique et les sciences cognitives qui vont de plus en plus s’interpénétrer dans de futures applications. Faire se parler les spécialistes de ces différents domaines devient une nécessité, car tous n’auront pas une quadruple spécialité. Également, rendre accessible, vulgariser à tout citoyen ( et aux politiques ?!) ces sujets pourrait permettre à chacun de mieux se rendre compte du monde dans lequel nous (j’entends par nous, les humains et pas que notre pays), vivons.

Après des études de biologie et deux années dans les forces spéciales, Stéphan Le Doaré se tourne vers l’informatique. Actuellement gérant de la société DSI Concept à Marseille, il conseille les entreprises dans la structuration de leur système d’information. Son deuxième roman aborde l’Intelligence Artificielle et le Transhumanisme d’un point de vue social et prospectif. Les conférences qu’il anime sur le sujet de l’I.A. replacent ce thème dans les contextes géopolitique, économique et sociétal. Il est également membre du LICA (Laboratoire d’Intelligence Collective et Artificielle)

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