Le message de la manifestation du 17 novembre doit être entendu et surtout analysé ; en plus de l’urgence de réduire la pression fiscale sur les Français, il est nécessaire de repenser la mobilité des actifs.

La manifestation du 17 novembre présente l’intérêt de matérialiser la fronde fiscale des Français, qui subissent des prélèvements obligatoires supérieurs à 40% du PIB depuis les années 1980 et qui ont dépassé les 1000 milliards € cette année. Le mouvement semble avoir pris de l’ampleur après la découverte qu’une station-essence ressemble davantage à un comptoir du Trésor qu’à un distributeur de carburant, tant les taxes prélevées sur le produit distribué y sont élevées. Après avoir lu un ticket d’essence, on ne peut qu’espérer que les gilets jaunes analyseront de près une fiche de paie pour demander là aussi, où passent les 100% de revenu net qui disparaissent entre ce que paye un employeur et ce qui atterrit dans la poche d’un salarié.

Face à la montée en puissance de ce mouvement gazeux, né sur les réseaux sociaux et ne présentant aucune direction ou hiérarchie claire, de nombreux partis y sont allés de leurs propositions pour tenter de séduire la foule en colère : mise en place d’un chèque carburant, taxe sur les autoroutes et péage, prime à la conversation renforcée, indemnité kilométrique, transports en communs gratuits, et même rétablissement de l’ISF.

Malheureusement, le grand perdant dans ce concours Lépine a été le temps long, aucune proposition n’ayant émergé pour répondre à la question centrale soulevée par les gilets jaunes : comment se rendre sur son lieu de travail avec un véhicule ancien et polluant, et un pouvoir d’achat ressenti comme étant à la baisse. Car la question sous-jacente est bien celle de la mobilité des actifs. Une question qui traduit une réalité terrible, celle de la dévitalisation de certains de nos territoires, qui ont pour la plupart perdu de nombreux pôles d’activités, obligeant ainsi leurs habitants à se déplacer vers la grande ville la plus proche et donc souvent d’effectuer ce trajet quotidien en voiture, en l’absence de transports en commun idoines.

La réponse concrète à apporter à cette manifestation pourrait se matérialiser dans 3 solutions d’horizons temporels différents :

La solution de court terme à développement immédiatement est celle de l’incitation au covoiturage. Alors que l’un des leaders mondiaux du domaine est Français, cette solution pourrait permettre à un actif de diminuer sa facture énergétique en partageant ses trajets avec autrui. L’incitation pourrait se matérialiser par un crédit d’impôt à destination des ménages utilisant ce service, d’un montant forfaitaire correspondant à celui dépensé dans le domaine.

Pour le moyen terme, la solution pourrait être le recours au télétravail. Les ordonnances de 2017 réformant le marché du travail permettent aux actifs d’en profiter plus facilement. Les actifs pouvant télétravailler peuvent ainsi économiser 1 journée de déplacement et d’essence par semaine, leur permettant donc d’économiser près de 20% sur leurs factures d’essence. De plus, les bénéfices seraient partagés avec les employeurs. Une étude réalisée en 2016 par France Stratégie nous apprend que la productivité des actifs en télétravail est supérieure de 20% à un actif en poste à son bureau, et les arrêts maladies diminuent de 5,5 jours par an. Exonérer l’employeur de cotisations maladie et transport pour chaque journée passée en télétravail pourrait être une bonne incitation (pour un salaire moyen de 2987€ brut mensuel, le gain de 4 jours de télétravail par mois pour l’employeur est de 80€, correspondant à une baisse de 14% des charges patronales).

La solution de long terme viendra de l’innovation et notamment de la promotion de la voiture autonome. Pouvant être considérée comme un TER personnel à la demande, la voiture électrique sans chauffeur permet aux actifs de se déplacer facilement de façon écologique. Les véhicules autonomes partagés seraient disponibles à la demande de chaque actif, invocable ainsi à n’importe quelle heure et à n’importe quel endroit, leur permettant de se rendre sur leur lieu de travail sans avoir à utiliser leurs véhicules personnels. Avec la bonne formule d’abonnement, ces actifs pourraient ainsi économiser sur leurs dépenses contraintes. Le rôle de l’Etat est ici de favoriser les tests de cette technologie sur nos routes pour accélérer son déploiement sur notre territoire.

Répondre à une colère citoyenne légitime par des solutions innovantes et concrètes, accompagnées par une baisse globale et massive de la fiscalité serait bien plus efficace que de saupoudrer des subventions. L’outil fiscal ne doit plus être l’outil privilégié des élus. C’est bien l’innovation qui doit être utilisée et favorisée pour répondre aux problématiques des citoyens, renouant ainsi avec la promesse présidentielle de nation innovante et de « politique autrement ».


Publié dans les Echos

Erwann Tison est le directeur des études de l’Institut Sapiens. Macro-économiste de formation et diplômé de la faculté des sciences économiques et de gestion de Strasbourg, il intervient régulièrement dans les médias pour commenter les actualités liées au marché du travail et aux questions de formation. Il dirige les études de l’Institut Sapiens depuis décembre 2017.

Laisser un commentaire