La robotique et l’intelligence artificielle chamboulent notre quotidien et pénètrent toutes les couches de notre société. De l’industrie à l’automobile, en passant par la médecine et la culture, de nombreux secteurs sont profondément impactés par la révolution technologique. Et il en est de même pour le sport. En effet en marge des Jeux Olympiques d’hiver de Pyeongchang qui se sont déroulés du 9 au 25 février dernier s’est tenue une épreuve inédite dans l’histoire de l’Olympisme et qui fera sans doute date : une course de ski entre robots.

Il s’agissait là de la première compétition non humaine où se sont défiés des robots skieurs dotés des outils informatiques de calcul préfigurant des prémices d’une intelligence artificielle humanoïde.

C’est au sein de la station de ski de Wellin Hili Park située dans la province de Gangwon Province que le ministère sud-coréen du Commerce et de l’Industrie, en partenariat avec l’Institut coréen pour la promotion de l’industrie robotique a décidé d’organiser cette compétition entre huit équipes issues essentiellement de centre de recherche universitaires, d’instituts technologiques.

Pour pouvoir participer, les robots skieurs des équipes en lice devaient impérativement respecter deux conditions : mesurer au moins 50 cm de hauteur et ressembler à un humanoïde possédant des articulations au niveau des coudes et des genoux. Bien entendu, il était également nécessaire pour lesdits robots skieurs de pouvoir descendre une piste enneigée en franchissant le maximum de portes, sans aucune aide extérieure.

Finalement la plus grande difficulté à relever pour les équipes concurrentes ne fut pas la gestion du terrain mais celui du froid extrême qui mit à mal l‘électronique de ses drôles de machine. Avec une température sous les zéro Celsius, beaucoup d’entre elle n’ont pu passer le cap de la ligne d’arrivée, les robots sportifs ne supportant pas encore les conditions climatiques extrêmes.

Le grand vainqueur de cette édition a été le petit Taekwon V de MiniRobot Corp,  un robot de 75 cm alors vêtu d’une combinaison bleue, taille enfant. Il a arraché la victoire, en passant cinq portes et en reliant la piste en seulement 18 secondes. Non sans quelques ratés bien entendu…

A travers cet exemple on peut en tout cas se demander si dans le futur nous verrons un jour un robot skieur monter sur la plus haute marche d’un podium et décrocher une médaille d’or olympique, dans ce qui pourrait devenir une discipline officielle dans les prochaines années.

Les robots sont peut-être en passe de devenir les vedettes des prochaines compétitions sportives. On peut même imaginer qu’en 2020, lors de la prochaine olympiade estivale qui se déroulera à Tokyo, les juges de certaines épreuves soient également des robots. C’est en tout cas la volonté de la fédération internationale de Gymnastique qui a signé en octobre 2017 un partenariat avec Fujitsu pour créer un système d’aide à la notation pour les compétitions de gymnastique. Cette intelligence artificielle fonctionne avec un panel de caméras 3D qui analysent les mouvements des gymnastes pour ensuite déterminer le degré de perfection de leur geste et ainsi pouvoir attribuer une note artistique. Le but affiché n’est pas de remplacer les juges humains mais bien de les assister dans leurs prises de décision pour que celles-ci soient identiques entre tous les concurrents.

Près de 3000 ans après l’apparition des Jeux Olympiques, nous sommes peut-être à un nouveau tournant historique marqué par l’apparition de la technologie dans le sport qui serait en passe de révolutionner complètement le rendez-vous olympique en le marquant du sceau de l’innovation technologique. Si le remplacement progressif de l’humain « Juge » pour assurer une parfaite équité peut apparaître une bonne idée, le remplacement du compétiteur lui-même par un robot pose la question de l’intérêt de la compétition : est-ce que finalement tous les spectateurs seront aussi des robots ??

Avocat au Barreau de Toulon. Il est également enseignant à la faculté de Droit de Toulon. Il a suivi un cursus en Droit et en Sciences de l’Information et de la Communication. Il est impliqué dans de nombreuses associations comme l’European Young Bar Association dont il est actuellement le Vice-président. Guillaume Tatoueix est également expert en droit des robots à l’Institut Sapiens.

Une pensée sur “Bientôt des robots aux JO ?”

  1. Merci pour cet article.

    Bien avant qu’on ne parle d’avoir des robots parmi les juges (et effectivement, pourquoi pas un jour, parmi les compétiteurs) le cas Oscar Pistorius avait cristallisé tous les questionnements contemporains quant à la porosité de la frontière humain/homme augmentés. Et dès les années 80, le dopage avait déjà commencé à semer le trouble (qu’est qu’un « dopé »? Où se trouve la limite entre les produits acceptables et les produits dopants? Voir le documentaire Bigger Faster Stronger pour se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’une question simple).

    L’esprit olympique, soit la fusion du corps et de l’esprit transcendés par l’abnégation, est condamné à être malmené à notre époque. Au bout du compte on juge une performance sportive sur des critères clairs, chiffrés ; les conditions des épreuves peuvent être contrôlées et standardisées, mais les participants le seront, eux, de moins en moins…

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